Que penser des méthodes Agiles plus lourdes?

email

J’ai besoin de votre avis sur un truc. On le sait bien Scrum est très minimal. Est-ce trop minimal pour nos clients “corporatifs”?

Ceux chez qui le dĂ©partement de TI s’est dĂ©veloppĂ© autour d’un processus très lourd avec plusieurs rĂ´les et biens livrables s’y retrouvent-ils?

Pourrait-on mieux les encadrer?

On sait que l’AgilitĂ© c’est une façon d’ĂŞtre et qu’au delĂ  du processus il y a les individus (et leurs interactions). Cependant, je me retrouve dernièrement devant des clients qui recherchent dĂ©sespĂ©rĂ©ment des rĂ©ponses Ă  plusieurs questions auxquelles Scrum ne rĂ©pond pas. La thĂ©orie du leadership de situation me dit qu’il faut ĂŞtre plus directif avec ses clients. Je crois qu’il faut jeter les bases pour eux et ensuite leur apprendre Ă  dĂ©velopper une culture d’amĂ©lioration continue oĂą les bases jetĂ©es ne sont que le point de dĂ©part de l’amĂ©lioration.

Dans ce contexte, pouvons-nous (devons-nous) aller plus loin que le simple Scrum?

Je vois 2 solutions :

1) Piger dans leur processus actuel (pour des dĂ©finitions de rĂ´les et des biens livrables) et l’encadrer Ă  l’aide de Scrum.

ou

2) Mettre en place un processus Agile plus lourd tel que OpenUp ou DSDM.

J’ai l’impression qu’appliquĂ©es avec la bonne attitude (ce qui est aussi vrai avec Scrum) ces mĂ©thodes ont beaucoup de sens.

Qu’en pensez-vous?

Allez n’aillez pas peur, jetez un oeil sur OpenUp … elle ne vous mangera pas

OpenUP is a lean Unified Process that applies iterative and incremental approaches within a structured lifecycle. OpenUP embraces a pragmatic, agile philosophy that focuses on the collaborative nature of software development. It is a tools-agnostic, low-ceremony process that can be extended to address a broad variety of project type?

François Lapointe :

Je crois que l’idĂ©e est bonne, les entreprises fortement hiĂ©rarchisĂ©es, politisĂ©es (ce qui est, entre nous, le propre de toutes les grandes entreprises) et bourrĂ©es de contrĂ´les de toutes sorte ne peuvent, malgrĂ© toute la bonne volontĂ© sautĂ©e dans l’AgilitĂ©. On pourra au plus avoir un projet de temps Ă  autre en AgilitĂ©, mais ces projets resteront des ‘curiositĂ©s’ malgrĂ© le succès incontestable de ces projets .
En fait je crois mĂŞme que l’AgilitĂ© comme on la connaĂ®t, n’est pas viable en grande entreprise.
De ce fait, une approche Agile ‘structurĂ©e’ ou ‘lourde’ est une excellente option.

Mathieu Szablowski :

 

J’ajouterais Ă  la rĂ©ponse de François que ces ‘grandes entreprises’ sont en gĂ©nĂ©ral nombrilistes et que leurs dirigeants voient dans la mĂ©thode et les processus un façon d’innover en reprenant des briques de choses existantes pour les accommoder Ă  leur sauce. Maintenant si on regarde les autres mĂ©thodes proposĂ©es, en quoi diffĂ©rent-elles de Scrum? Je pense qu’elles ajoutent du formalisme (guidance, process…) lĂ  oĂą Scrum rĂ©clame du bon sens (ex. : processus de livraison mĂŞme si rien n’est dĂ©fini mais que l’on a dĂ©jĂ  livrĂ© en logiciel jusqu’en production, on a un processus de livraison…). Les entreprises Ă  qui tu proposes ces mĂ©thodes n’ont pas l’air d’ĂŞtre des ‘start up’s’. Personnellement, je me dirigerais plutĂ´t vers l’Ă©tude de leur processus interne et tenterais de ‘fusionner’ ce qu’ils ont dĂ©jĂ  avec un processus plus Agile (notamment dans la conduite de projet). Tu obtiendrais par ailleurs ce qu’ils veulent, c’est-Ă -dire un processus rien qu’Ă  eux

Jean-René:

Bon point… c’est exactement ce qu’on a proposĂ© Ă  un de nos clients. Étude du processus en place (bien livrable, rĂ´les, Ă©tapes,…) Ă  partir duquel on dĂ©gagera un Scrum Type version 0 qu’on amĂ©liorera au fil des itĂ©rations.

Isabelle Therrien :

Le danger des mĂ©thodes lourdes est d’avoir Ă  faire des choix en dĂ©but de projet sans trop connaĂ®tre ce dans quoi on s’embarque.

“Choisissez entre les 40 rĂ´les proposĂ©s et les 56 processus”, ce n’est pas facile, et ils se retrouvent donc avec des mĂ©thodes trop lourdes qui ne font que dĂ©placer les problèmes, plutĂ´t que de les rĂ©vĂ©ler.

Le nouveau cadre Ensemble est intĂ©ressant aussi, on pourrait quasiment dire que c’est une “mĂ©thode lourde”. Ça met une couche de gouvernance sur la mĂ©thode Scrum. En fait, tout le monde crĂ©e la sienne, et je commence Ă  penser que c’est nĂ©cessaire, surtout dans les gros projets ou les grosses entreprises.

Mais pour plusieurs raisons, dont la gestion du changement beaucoup plus facile, et aussi parce que je le fais par rĂ©flexe, je prĂ©conise d’introduire les valeurs et pratiques Agiles dans la mĂ©thode “actuelle” en place chez le client.

Avec un suivi constant, il est possible de leur mettre en lumière des changements Ă  faire “Ă  mesure”… enlever ceci, puis cela, et au bon moment, ils vont s’apercevoir qu’ils sont beaucoup plus efficaces qu’avant, qu’ils collaborent mieux et qu’ils livrent du logiciel de meilleure qualitĂ©.

Vincent Tencé :

Je travaille avec un client depuis le dĂ©but du moi du juin pour les aider Ă  proposer une approche de dĂ©veloppement officielle basĂ©e sur Scrum et qui respecte leur SLC (Software Lifecycle) corporatif. Notre dernière rencontre a eu lieu la semaine dernière et j’attends leur prĂ©sentation qui me permettra de documenter les rĂ©sultats. En quelques mots, nous avons une approche compatible CMMI niveau 3 et qui s’arrime sur les jalons de leur cycle de vie R&D.

Je crois que çe sera utile dans les situations que tu dĂ©cris Jean-RenĂ© de proposer une approche qui cadre mieux avec leur culture corporatif sans compromettre les principes et valeurs de l’agilitĂ©. Comme me le disais Bob hier, ça fait moins « rĂ©volutionnaire » et ça nous permet d’ĂŞtre entendu.

Sylvie Trudel :

Mon expĂ©rience Ă  essayer d’adapter un processus gĂ©nĂ©rique (de type RUP) Ă  une organisation qui appliquait autre chose :

- Ça prend plus de temps que de dĂ©finir un processus “from scratch”.

- Ça a peu de chance d’ĂŞtre adoptĂ© par les Ă©quipes qui ne s’y reconnaissent pas.

Par contre, prendre ce qu’ils font dĂ©jĂ  (processus, biens livrables, rĂ´les et responsabilitĂ©s) et les adapter, fait en sorte que l’organisation adhère plus vite aux changements parce qu’ils ne font qu’ajouter ou moduler ce qu’ils connaissent et maĂ®trisent dĂ©jĂ . Plus facile. Dans ce contexte, conserver une processus de dĂ©veloppement pour ses biens livrables en le dĂ©coupant en sprints devient relativement simple. Au pire, il faudra commencer par la conception/programmation avant de pouvoir remonter Ă  l’architecture. Compromis acceptable quand la marche est trop haute. Faut quand mĂŞme pas oublier qu’on travaille d’abord avec des individus; les processus sont un side effect

Mathieu Szablowski :

Sylvie, quand tu dis : “Au pire, il faudra commencer par la conception/programmation avant de pouvoir remonter Ă  l’architecture”, tu ne crois pas que le plus important sera d’engager les utilisateurs (ou un PO) dans le dĂ©veloppement?
Les Ă©quipes techniques sont impatientes de tester les pratiques et les concepts Agiles mais s’essoufflent rapidement si aucun retour n’est effectuĂ© sur leur production. C’est aussi leur donner un but, un objectif voire une certaine pression parce que la prĂ©sentation rĂ©gulière est ce qui coĂ»te le plus cher Ă  l’organisation.

Sylvie Trudel :

Dans un contexte oĂą la hiĂ©rarchisation des rĂ´les est carrĂ©ment calquĂ©e sur la mĂ©tho (P+, pour ne pas le citer) et que l’architecture relève d’une vice-prĂ©sidence sĂ©parĂ©e qui dĂ©tient l’exclusivitĂ© de la communication avec un pilote (reprĂ©sentant des utilisateurs qui appartient Ă  la ligne d’affaires et qui dĂ©tient l’exclusivitĂ© de la communication avec les utilisateurs), et que notre mandat nous vient de la vice-prĂ©sidence de la rĂ©alisation, notre carrĂ© de sable se limite Ă  la portion conception/programmation/tests (cas vĂ©cu dans une grosse boĂ®te l’an dernier, 200 dĂ©veloppeurs, plus de 3000 utilisateurs). C’est par lĂ  qu’on peut commencer Ă  agir. Quand j’ai suggĂ©rĂ© d’inclure la portion “architecture” dans la dĂ©marche d’amĂ©lioration, je me suis vite butĂ©e Ă  une guĂ©guerre politique entre les 2 VP.

Donc, la question que j’ai dĂ» me poser a Ă©tĂ© “veut-on avoir raison, ou veut-on avoir du succès?”. La rĂ©ponse est venue assez vite merci. On a eu du succès en se limitant Ă  notre carrĂ© de sable, mais avec beaucoup d’impact sur la formation du VP. Ça a fait des p’tits en un an et demi, Ă  un point oĂą Pyxis est solicitĂ©e pour “allĂ©ger” leur mĂ©thode. Faut ĂŞtre prudent et très patient parfois avec les grosses boĂ®tes. Ils ne vivent pas dans notre “espace-temps”. On dit que les paquebots ne virent pas sur une pièce de 10 centimes.

De toute façon, l’idĂ©e est qu’ils se mettent Ă  dĂ©velopper des rĂ©flexes d’inspection/adaptation de leurs façons de faire. Quand on y arrive, on a dĂ©jĂ  accompli beaucoup et le reste va finir par suivre. Il ne faut juste pas s’attendre Ă  ce que ça se fasse Ă  notre vitesse, mais Ă  la leur.

Vincent Tencé:

Très juste. On ne peut pas brusquer le changement, simplement crĂ©er les conditions pour qu’il prenne le moins de temps possible.

Stéphane Lécuyer:

My 2 cents…

Personnellement, dans un premier temps, je prĂ©fère mettre l’accent sur les “valeurs et principes” de l’AgilitĂ© et essayer de trouver, avec les gens en place, ce qu’ils font de bien et qui est en accord avec ces valeurs et principes. Une mĂ©tho plus lourde ne ferait, selon moi, que dĂ©placer le problème d’une mĂ©tho Ă  une autre.

En mettant systĂ©matiquement l’accent sur les valeurs et principes, j’ai dĂ©couvert que les organisations tendent Ă  trouver eux-mĂŞmes leurs bonnes pratiques tout s’obligeant souvent Ă  remettre en questions leurs pratiques courantes. De plus, ca les force Ă  s’ouvrir au monde extĂ©rieur et Ă  garder un esprit ouvert vs tout ce qui pourrait les aider Ă  faire du meilleur logiciel tout en misant sur le facteur humain.

Ultimement, ce qu’on essaie de faire avec Agile, c’est d’exploiter tout le potentiel de l’humain en l’incluant systĂ©matiquement Ă  chaque Ă©tape du dĂ©veloppement. En mettant l’accent sur l’humain, on “force” les entreprises Ă  re-considĂ©rer chacune de ces Ă©tapes en tentant de dĂ©couvrir comment on peut maximiser celles-ci Ă  partir de ce qui existe dĂ©jĂ  dans l’entreprise…. soit les individus, la hiĂ©rarchie et l’implication du client.

Agile, c’est un gros changement pour les grosses boĂ®tes et le problème majeur que je rencontre très souvent, c’est la rĂ©sistance au changement et la peur de la perte de pouvoir de la direction. Si on met l’accent sur ça, je crois que les gens, en gĂ©nĂ©ral, arrivent très facilement Ă  trouver les bonnes rĂ©ponses (le bon process). Je crois que la rĂ©ponse est plus dans le type d’accompagnement et qu’on arrive Ă  leur faire comprendre que tout le monde (y compris la direction) peut gagner si ils respectent les valeurs et principes de l’AgilitĂ© et que ce n’est pas seulement une affaire de dĂ©veloppeurs.

à propos de jean-rené rousseau

Diplômé en informatique de gestion de l’Université Laval à Québec, M. Rousseau compte plus de 14 années d’expérience en développement de systèmes informatiques et en services-conseils, dont 8 avec des approches Agiles. Formateur agréé par Emploi Québec et certifié ScrumMaster, il effectue régulièrement des mandats de formation et de coaching Agile où il transmet ses connaissances des principes et pratiques de développement Agile.
voir mon profil Â»