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Être ScrumMaster dans une équipe sans ScrumMaster

January 7th, 2010 isabelle therrien posts profile Leave a comment Go to comments

Si une équipe vous dit qu’elle n’a pas besoin de ScrumMaster, que faites-vous?
Comme ScrumMaster, vous êtes-vous déjà senti comme le(la) secrétaire de service?

Il y a 2 mois, nous étions 4 membres dans cette nouvelle équipe qui venait d’être créée. Le propriétaire du produit (Product Owner, PO), en collaboration avec les membres de l’équipe, avait imaginé ce nouveau modèle d’équipe : plutôt qu’avoir 4 équipes de 3-4 personnes souvent bien débordées par leurs tâches connexes (support aux usagers et coaching dans les autres équipes) et par conséquent disponibles à 80%, 60%, voire même 40% du temps, nous constituons maintenant une équipe « noyau » formée de 4-6 personnes dédiées à 100% à accomplir les objectifs des sprints.

Le PO pensait que je serais naturellement la ScrumMaster de cette équipe. Mais la première journée, alors qu’on révisait ensemble la charte de projet, j’ai eu la surprise d’entendre mes collègues dire qu’ils « n’avaient pas besoin » de ScrumMaster car les « obstacles » envisagés pourraient être gérés par le PO. Classique, me suis-je dit : mauvaise compréhension du rôle de ScrumMaster… Nous verrons bien! Tentons le coup!

Sur ce, après m’être occupée de planifier les cérémonies de ce premier sprint (parce qu’il fallait bien que quelqu’un le fasse), je suis partie en vacances 2 semaines.

Pendant ces 2 semaines, il y a eu un premier Sprint Review (c’était dans leurs habitudes), pas de rétrospective, et 2 ou 3 dailys en retard. C’était à prévoir, évidemment, mais quand même, personne n’a mentionné qu’on avait besoin d’un ScrumMaster.

J’ai joué mon rôle d’équipière de bonne volonté à partir de ce moment. J’ai immédiatement corrigé le tir au niveau des meetings : nous avons tenu une rétrospective, j’ai insisté sur l’importance des dailys, je me suis assurée que l’heure était adéquate pour que tout le monde y soit à tous les matins. J’ai sensibilisé l’équipe à l’importance de refuser les changements demandés par le PO en cours de sprint. J’ai rendu visible nos obstacles et notre avancement.

Après tout cela, vous allez me dire « mais évidemment, Isa, tu ne t’arranges pas pour qu’ils en aient besoin! Tu fais tout ce qu’il faut pour que ça fonctionne! ». En fait, c’est l’objectif… non? Avoir un ScrumMaster ne devrait jamais être une finalité.

Jusque là tout allait relativement rondement, puis aujourd’hui, en meeting, j’ai entendu ceci : « Il me semble que j’aurais besoin d’un ScrumMaster »… Mais vous savez pourquoi? C’était pour recopier des stories d’un White Board à notre outil de gestion de projet. À cela, j’ai évidemment répondu qu’on n’avait pas de ScrumMaster dans l’équipe, et qu’il fallait donc que quelqu’un s’en occupe. Ce qu’ils ont fait avec plaisir.

Puis j’ai réfléchi : et si le fait de ne pas avoir de ScrumMaster nous permettait, justement, de nous aider à s’auto-organiser plus rapidement? Je me questionne, peut-être le PO (qui est bien sensible aux valeurs de l’Agilité et en comprend les principes) prend moins de libertés sur le périmètre du sprint, sachant qu’il n’y a personne pour l’empêcher de le faire? L’équipe apprendra-t-elle plus rapidement à régler ses conflits sans arbitre? À interrompre les conversations improductives?

C’est à suivre…

Je ne vous ai toujours pas dit ce qu’on y fait, dans cette équipe. C’est une équipe qui produit de la documentation. Nous sommes responsables de bâtir la documentation de référence pour les projets Agiles qui seront entamés à partir du mois de mars prochain, et nous nous basons sur les leçons apprises des projets Agiles du passé. Intéressant, non?

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  1. Cédric Bourgeois
    January 8th, 2010 at 03:04 | #1

    Bonjour,

    Réflexion intéressante. Je pense que le rôle de ScrumMaster est indispensable pour faire monter une équipe en compétence sur Scrum. Le cas présenté présente une équipe déjà bien à l’aise avec tous ces principes. Certaines tâches du ScrumMaster peuvent effectivement sembler superflues dans ce contexte, étant donné que l’équipe a acquis de bons réflexes. Nous avons quasiment affaire à une équipe de ScrumMasters ! Par ailleurs, dans ce cas particulier, c’est une chance que le PO sache résister à la tentation de demander des modifications, et l’équipe sache résister à celle de les accepter. C’est là aussi un signe de grande maturité des deux parties, mais je m’interroge sur la durabilité de cette situation.
    Par ailleurs, je pense que le ScrumMaster doit aussi apporter du recul sur le projet, par opposition à une équipe qui aura plutôt le nez dans le guidon. Par exemple lors d’une root cause analysis, il peut amener des questions que l’équipe ne pourrait pas se poser, influencée par sa connaissance détaillée du projet.
    Je pense donc que le rôle de ScrumMaster dans ce cas de figure devrait être vu plus comme une activité de consulting ponctuelle pour vérifier la bonne marche du projet (i.e. respect de Scrum) et apporter une expertise poussée sur l’agilité (Scrum, Lean, …)

  2. isabelle therrien
    January 8th, 2010 at 09:09 | #2

    @Cédric Bourgeois

    Bonjour Cédric,

    Intéressant ton idée de “consulting ponctuelle”. Ça ne devrait pas être bien difficile à trouver ici, on pourrait bien se trouver un ScrumMaster externe. En autant que je continue à jouer ce rôle “en sous-marin” au jour le jour… Nous verrons bien, comme je disais c’est “à suivre”.

    Le recul dans le rôle de SM n’est pas tellement documenté, mais c’est en effet important, et je l’ai appris à mes dépens dans un projet précédent. Nous étions 3 ScrumMaster, et les 3, nous avions autant la tête dans le guidon que les autres, et j’étais par surcroît un peu trop émotivement impliquée, ayant été celle qui avait démarré le projet 18 mois plus tôt. Les conséquences : on ne voit pas les signaux d’alarme, on est fatigué, on supporte mal les équipiers qui nous demandent de l’aide moins explicitement, on oublie de se remettre en question.

  3. January 10th, 2010 at 20:43 | #3

    @isabelle therrien , bravo pour le courage avec lequel tu parles de tes leçons apprises. Je sais que ça n’a pas toujours été facile ;-) .
    Pour vous avoir, toi et les autres ScrumMasters de ce projets, posé beaucoup de questions lorsque j’ai rejoint l’équipe, j’ai l’impression qu’effectivement le recul pouvait parfois vous manquer, non pas pour voir les signaux d’alarme, mais plus pour en prendre la mesure et en compte.
    Vous étiez, dès qu’on vous challengeait, très conscients des difficultés, mais manquiez de temps pour réfléchir posément à la façon d’aider l’équipe à s’en sortir.

  4. Antoine
    January 13th, 2010 at 04:23 | #4

    Le scrummaster devrait rester dans un certain sens spectateur du projet pour proposer une analyse sans passion. Mais s’il se laisse embarquer dans le flot du projet et perd de sa lucidité, comment le savoir ? Qui garde les gardiens ?

  1. March 29th, 2010 at 17:09 | #1