Être ScrumMaster dans une équipe sans ScrumMaster
Si une équipe vous dit qu’elle n’a pas besoin de ScrumMaster, que faites-vous?
Comme ScrumMaster, vous êtes-vous déjà senti comme le(la) secrétaire de service?
Il y a 2 mois, nous étions 4 membres dans cette nouvelle équipe qui venait d’être créée. Le propriétaire du produit (Product Owner, PO), en collaboration avec les membres de l’équipe, avait imaginé ce nouveau modèle d’équipe : plutôt qu’avoir 4 équipes de 3-4 personnes souvent bien débordées par leurs tâches connexes (support aux usagers et coaching dans les autres équipes) et par conséquent disponibles à 80%, 60%, voire même 40% du temps, nous constituons maintenant une équipe « noyau » formée de 4-6 personnes dédiées à 100% à accomplir les objectifs des sprints.
Le PO pensait que je serais naturellement la ScrumMaster de cette équipe. Mais la première journée, alors qu’on révisait ensemble la charte de projet, j’ai eu la surprise d’entendre mes collègues dire qu’ils « n’avaient pas besoin » de ScrumMaster car les « obstacles » envisagés pourraient être gérés par le PO. Classique, me suis-je dit : mauvaise compréhension du rôle de ScrumMaster… Nous verrons bien! Tentons le coup!
Sur ce, après m’être occupée de planifier les cérémonies de ce premier sprint (parce qu’il fallait bien que quelqu’un le fasse), je suis partie en vacances 2 semaines.
Pendant ces 2 semaines, il y a eu un premier Sprint Review (c’était dans leurs habitudes), pas de rétrospective, et 2 ou 3 dailys en retard. C’était à prévoir, évidemment, mais quand même, personne n’a mentionné qu’on avait besoin d’un ScrumMaster.
J’ai joué mon rôle d’équipière de bonne volonté à partir de ce moment. J’ai immédiatement corrigé le tir au niveau des meetings : nous avons tenu une rétrospective, j’ai insisté sur l’importance des dailys, je me suis assurée que l’heure était adéquate pour que tout le monde y soit à tous les matins. J’ai sensibilisé l’équipe à l’importance de refuser les changements demandés par le PO en cours de sprint. J’ai rendu visible nos obstacles et notre avancement.
Après tout cela, vous allez me dire « mais évidemment, Isa, tu ne t’arranges pas pour qu’ils en aient besoin! Tu fais tout ce qu’il faut pour que ça fonctionne! ». En fait, c’est l’objectif… non? Avoir un ScrumMaster ne devrait jamais être une finalité.
Jusque là tout allait relativement rondement, puis aujourd’hui, en meeting, j’ai entendu ceci : « Il me semble que j’aurais besoin d’un ScrumMaster »… Mais vous savez pourquoi? C’était pour recopier des stories d’un White Board à notre outil de gestion de projet. À cela, j’ai évidemment répondu qu’on n’avait pas de ScrumMaster dans l’équipe, et qu’il fallait donc que quelqu’un s’en occupe. Ce qu’ils ont fait avec plaisir.
Puis j’ai réfléchi : et si le fait de ne pas avoir de ScrumMaster nous permettait, justement, de nous aider à s’auto-organiser plus rapidement? Je me questionne, peut-être le PO (qui est bien sensible aux valeurs de l’Agilité et en comprend les principes) prend moins de libertés sur le périmètre du sprint, sachant qu’il n’y a personne pour l’empêcher de le faire? L’équipe apprendra-t-elle plus rapidement à régler ses conflits sans arbitre? À interrompre les conversations improductives?
C’est à suivre…
Je ne vous ai toujours pas dit ce qu’on y fait, dans cette équipe. C’est une équipe qui produit de la documentation. Nous sommes responsables de bâtir la documentation de référence pour les projets Agiles qui seront entamés à partir du mois de mars prochain, et nous nous basons sur les leçons apprises des projets Agiles du passé. Intéressant, non?



