Révélation d’un jeune chargé de cours

Mon expérience comme chargé de cours à l’UQAM se poursuit cet hiver. Je donne à nouveau le cours « Méthodologie Agile en gestion de projet ». La 2e semaine du cours avait été, à mon avis, une belle réussite : nous avions couvert les sources de gaspillage, la pratique de la cartographie de la chaîne de valeur, les décisions au dernier moment responsable. Nous avions même fait un atelier pratique : améliorer une chaîne de montage qui produit des bateaux en papier. Pour la 3e semaine, j’avais planifié de compléter le matériel sur la méthode Lean : la théorie des contraintes, la théorie des files d’attente, la pensée systémique et le Kanban.

En parallèle, j’ai commencé à corriger le premier devoir de la session.

Devoir
Dans le but de mieux se connaître et d’ajuster le matériel en fonction de vos objectifs, décrivez les raisons de votre intérêt pour ce cours. Cette description devrait comprendre :

  • votre expérience avec l’Agilité (théorique ou en entreprise);
  • vos objectifs envers le cours : ce que vous aimeriez connaître ou savoir faire à la fin de la session.

C’est à la lecture des devoirs que le hamster dans ma tête a commencé à tourner et que mon approche s’est transformée. En résumé, voici les 4 grandes réponses des étudiants :

  • découvrir les méthodes Agiles;
  • apprendre à utiliser les pratiques Agiles;
  • être en mesure de justifier l’utilisation de l’Agilité (avantages et inconvénients);
  • être en mesure de mettre en place les méthodes Agiles.

Je pense bien qu’à la 2e semaine, nous avions couvert les 3 premiers objectifs. Par contre, j’avais des doutes sur l’atteinte du 4e objectif : est-ce que les étudiants sont en mesure de mettre en place une méthode Lean? Sont-ils en mesure de faire un diagnostic? De faire une proposition Lean basée sur des objectifs d’amélioration? Même si c’est normal de ne pas être un expert après un seul cours, je voulais maintenant vérifier que les étudiants avaient au moins une idée des premier pas à faire, qu’ils étaient capables de se risquer à une initiative Lean.

Alors, j’ai partagé ma réflexion avec les étudiants au début du cours de la 3e semaine. Effectivement, les étudiants avaient bien compris les concepts, mais ils ne savaient pas encore comment les mettre en œuvre. Convaincu, j’ai décidé de reprendre le cours depuis le début, en gardant en tête les objectifs des étudiants. Je suis vraiment content de l’avoir fait. Les apprentissages des étudiants étaient de plus grande qualité. Qu’est-ce que j’ai fait de différent?

    • J’ai questionné les étudiants sur presque tous les sujets, avec des questions pour vérifier que les concepts étaient bien intégrés, indépendamment et collectivement.
    • J’ai invité les étudiants à établir un plan d’attaque à l’aide d’une mise en situation inspiré de mon quotidien : un gestionnaire cherchant à améliorer le processus de son équipe d’entretien. J’ai été patient et j’ai laissé place à la réflexion, car mon intention était de vérifier qu’ils sont capables de faire les premiers pas dans une transition.
    • Un des étudiants nous a partagé l’expérience difficile de sa conjointe qui a vécu la mise en œuvre de Lean dans son entreprise. Nous en avons profité pour chercher les causes des difficultés, et nous avons identifié ce qui avait été négligé dans l’expérience de la conjointe. Cela nous a permis de détecter comment une transition peut mal virer et ce que nous aurions pu proposer pour rétablir la situation.

Finalement, nous n’avons pas vraiment couvert plus de théorie que la première fois. Par contre, les étudiants sont mieux préparés à vivre ou mettre en place un processus Lean. De mon côté, j’ai changé mon approche de chargé de cours : j’ai maintenant une définition de ‘terminé’ qui me permet de valider avec la classe que le cours répond bien à leurs attentes. Je crois bien que les étudiants et moi avons réussi à augmenter la valeur de ce cours.

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à propos de mathieu boisvert

Mathieu est un conseiller en adoption des méthodes Agiles depuis plus de 5 ans. Au cours des dernières années, il a travaillé à Montréal, à Québec et à Paris. Il anime le démarrage de nouveaux projets de développement logiciel à titre de conseiller et facilite la réussite d'équipes de développement à titre de Scrum Master.
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