Autorité, pragmatisme et auto-désorganisation
Le titre original de l’article d’InfoQ est “Agile – A Way of Life and Pragmatic Use of Authority“. Le mot autorité m’a interpellé et ce pour plusieurs raisons :
- En tant que Scrum Master comment guider mon équipe à partir d’une position dépourvue d’autorité ?
- Que devient un Project Manager dans un mode Agile? Qu’arrive-t-il à son autorité?
- En tant que coach, si j’applique le Leadership de situation et je suis directif. Je nuis à l’équipe?
- En tant que leader à Pyxis, comment communiquer une vision, prendre des décisions difficiles, faire des choix sans autorité?
Dernièrement plusieurs discussions entre collègues et amis avaient comme sujet principal l’autorité. Même que pour rigoler on a appelé une communauté des services “Le BOSS”
J’ai donc plongé dans l’article.
Premier point intéressant l’article fait suite à un article sur les chargés de projet justement. Autorité et gestion de projet c’est toujours assez controversé… ici même à Pyxis.
L’auteur tente de défendre sa position face à l’autorité
“Although in that article, I used the term ‘authority’ scarcely but some of the readers expressed reservation about ‘authority’”
Je me retrouve dans sa vision de l’autorité. J’aime penser que le problème avec l’autorité est l’usage qu’on en fait et non l’autorité elle-même. Je crois que de l’éliminer complètement peut causer un drôle d’effet bord : l’auto-désorganisation
“There are certain decisions in life if they go wrong, we can always recover and get 2nd chance to make amendments. But there are certain decisions, where life does not give 2nd chance. If they go wrong, it may irreversibly alter course of your life, your business, your project, your relation with the customer and so on. It is these things where we should fall back on expert judgment and more experienced people. And those seasoned experts may have to use authority in certain situations if their loved ones are doing a blunder in ignorance. This is my idea of pragmatic authority.
you cannot inspire every person and make every person truly self-organizing. If this is true, what will you do to those persons who are off track, not Agile by nature which means self-disorganized?[...]One of the best and historical ways to handle these off track people is to control the incompetency of these people using authority but using it professionally.”
L’auteur fait plusieurs analogies avec la vie courante pour renforcer son point. Certains exemples sont plus faibles que d’autre, mais au final:
“It may sound a little strange that I am comparing acts of public life against backdrop of Agile in IT. Actually I am comparing humans with humans. Agile is an excellent way of software development but in my opinion, it is not a magic pill with divine powers that will transform people into a perfect human being the moment they enter into the office.”
en résumé…
“In my opinion, the problem is misusing the authority and using it unnecessarily. It should be used to protect the business, protect the customer, protect the projects which indirectly would protect and help people only. Agile is not only a set of rules but it is much bigger. It requires paradigm shift in the mindset and attitude the way we work. And it cannot be adopted completely simply by couple of days of classroom training. It requires a minimum basic level of maturity, ability to change and evolve, self-motivation, honest intentions to excel as a team and constant mentoring.
Freedom has same attribute as authority. If people misuse freedom, it is equally terrible.”
Le danger des méthodes lourdes est d’avoir à faire des choix en début de projet sans trop connaître ce dans quoi on s’embarque.
“Choisissez entre les 40 rôles proposés et les 56 processus”, ce n’est pas facile, et ils se retrouvent donc avec des méthodes trop lourdes qui ne font que déplacer les problèmes, plutôt que de les révéler.
Le nouveau cadre Ensemble est intéressant aussi, on pourrait quasiment dire que c’est une “méthode lourde”. Ça met une couche de gouvernance sur la méthode Scrum. En fait, tout le monde crée la sienne, et je commence à penser que c’est nécessaire, surtout dans les gros projets ou les grosses entreprises.
Mais pour plusieurs raisons, dont la gestion du changement beaucoup plus facile, et aussi parce que je le fais par réflexe, je préconise d’introduire les valeurs et pratiques Agiles dans la méthode “actuelle” en place chez le client.
Avec un suivi constant, il est possible de leur mettre en lumière des changements à faire “à mesure”… enlever ceci, puis cela, et au bon moment, ils vont s’apercevoir qu’ils sont beaucoup plus efficaces qu’avant, qu’ils collaborent mieux et qu’ils livrent du logiciel de meilleure qualité.
Vincent Tencé :
Je travaille avec un client depuis le début du moi du juin pour les aider à proposer une approche de développement officielle basée sur Scrum et qui respecte leur SLC (Software Lifecycle) corporatif. Notre dernière rencontre a eu lieu la semaine dernière et j’attends leur présentation qui me permettra de documenter les résultats. En quelques mots, nous avons une approche compatible CMMI niveau 3 et qui s’arrime sur les jalons de leur cycle de vie R&D.
Je crois que çe sera utile dans les situations que tu décris Jean-René de proposer une approche qui cadre mieux avec leur culture corporatif sans compromettre les principes et valeurs de l’agilité. Comme me le disais Bob hier, ça fait moins « révolutionnaire » et ça nous permet d’être entendu.
Sylvie Trudel :
Mon expérience à essayer d’adapter un processus générique (de type RUP) à une organisation qui appliquait autre chose :
- Ça prend plus de temps que de définir un processus “from scratch”.
- Ça a peu de chance d’être adopté par les équipes qui ne s’y reconnaissent pas.
Par contre, prendre ce qu’ils font déjà (processus, biens livrables, rôles et responsabilités) et les adapter, fait en sorte que l’organisation adhère plus vite aux changements parce qu’ils ne font qu’ajouter ou moduler ce qu’ils connaissent et maîtrisent déjà. Plus facile. Dans ce contexte, conserver une processus de développement pour ses biens livrables en le découpant en sprints devient relativement simple. Au pire, il faudra commencer par la conception/programmation avant de pouvoir remonter à l’architecture. Compromis acceptable quand la marche est trop haute. Faut quand même pas oublier qu’on travaille d’abord avec des individus; les processus sont un side effect…
Mathieu Szablowski :
Sylvie, quand tu dis : “Au pire, il faudra commencer par la conception/programmation avant de pouvoir remonter à l’architecture”, tu ne crois pas que le plus important sera d’engager les utilisateurs (ou un PO) dans le développement?
Les équipes techniques sont impatientes de tester les pratiques et les concepts Agiles mais s’essoufflent rapidement si aucun retour n’est effectué sur leur production. C’est aussi leur donner un but, un objectif voire une certaine pression parce que la présentation régulière est ce qui coûte le plus cher à l’organisation.
Sylvie Trudel :
Dans un contexte où la hiérarchisation des rôles est carrément calquée sur la métho (P+, pour ne pas le citer) et que l’architecture relève d’une vice-présidence séparée qui détient l’exclusivité de la communication avec un pilote (représentant des utilisateurs qui appartient à la ligne d’affaires et qui détient l’exclusivité de la communication avec les utilisateurs), et que notre mandat nous vient de la vice-présidence de la réalisation, notre carré de sable se limite à la portion conception/programmation/tests (cas vécu dans une grosse boîte l’an dernier, 200 développeurs, plus de 3000 utilisateurs). C’est par là qu’on peut commencer à agir. Quand j’ai suggéré d’inclure la portion “architecture” dans la démarche d’amélioration, je me suis vite butée à une guéguerre politique entre les 2 VP.
Donc, la question que j’ai dû me poser a été “veut-on avoir raison, ou veut-on avoir du succès?”. La réponse est venue assez vite merci. On a eu du succès en se limitant à notre carré de sable, mais avec beaucoup d’impact sur la formation du VP. Ça a fait des p’tits en un an et demi, à un point où Pyxis est solicitée pour “alléger” leur méthode. Faut être prudent et très patient parfois avec les grosses boîtes. Ils ne vivent pas dans notre “espace-temps”. On dit que les paquebots ne virent pas sur une pièce de 10 centimes.
De toute façon, l’idée est qu’ils se mettent à développer des réflexes d’inspection/adaptation de leurs façons de faire. Quand on y arrive, on a déjà accompli beaucoup et le reste va finir par suivre. Il ne faut juste pas s’attendre à ce que ça se fasse à notre vitesse, mais à la leur.
Vincent Tencé:
Très juste. On ne peut pas brusquer le changement, simplement créer les conditions pour qu’il prenne le moins de temps possible.
Stéphane Lécuyer:
My 2 cents…
Personnellement, dans un premier temps, je préfère mettre l’accent sur les “valeurs et principes” de l’Agilité et essayer de trouver, avec les gens en place, ce qu’ils font de bien et qui est en accord avec ces valeurs et principes. Une métho plus lourde ne ferait, selon moi, que déplacer le problème d’une métho à une autre.
En mettant systématiquement l’accent sur les valeurs et principes, j’ai découvert que les organisations tendent à trouver eux-mêmes leurs bonnes pratiques tout s’obligeant souvent à remettre en questions leurs pratiques courantes. De plus, ca les force à s’ouvrir au monde extérieur et à garder un esprit ouvert vs tout ce qui pourrait les aider à faire du meilleur logiciel tout en misant sur le facteur humain.
Ultimement, ce qu’on essaie de faire avec Agile, c’est d’exploiter tout le potentiel de l’humain en l’incluant systématiquement à chaque étape du développement. En mettant l’accent sur l’humain, on “force” les entreprises à re-considérer chacune de ces étapes en tentant de découvrir comment on peut maximiser celles-ci à partir de ce qui existe déjà dans l’entreprise…. soit les individus, la hiérarchie et l’implication du client.
Agile, c’est un gros changement pour les grosses boîtes et le problème majeur que je rencontre très souvent, c’est la résistance au changement et la peur de la perte de pouvoir de la direction. Si on met l’accent sur ça, je crois que les gens, en général, arrivent très facilement à trouver les bonnes réponses (le bon process). Je crois que la réponse est plus dans le type d’accompagnement et qu’on arrive à leur faire comprendre que tout le monde (y compris la direction) peut gagner si ils respectent les valeurs et principes de l’Agilité et que ce n’est pas seulement une affaire de développeurs.